Mardi 5 mai 2026, Madame KOLINKA est entrée dans le réfectoire du lycée dans son fauteuil roulant, poussé par sa fidèle et précieuse chauffeur de taxi habituée à l’emmener de collèges en lycées pour y rencontrer des élèves. Elle a fêté ses 101ans il y a trois mois, et c’est un sacré personnage. Avec son sens de l’humour et son autodérision, on ne croirait pas les horreurs qu’elle a vécues. Car Ginette KOLINKA est une rescapée de la Shoah, une survivante du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Ce n’est «que» depuis une vingtaine d’année qu’elle va à la rencontre des jeunes générations pour les sensibiliser aux conséquences de la haine et témoigner des horreurs auxquelles elle peut mener.
Devant presque 400élèves, enseignants, personnels de l’établissement et membres du Souvenir français de Dammarie-lès-Lys, Ginette KOLINKA, de son nom de jeune fille CHERKASKY, a raconté son histoire d’adolescente juive dont la famille a été dénoncée alors qu’elle avait 19ans. De sa fuite d’Aubervilliers en 1942 à son retour à Lyon à la Libération en juin 1945 en passant par la dénonciation, l’arrestation en mars 1944, le camp de Drancy, le convoi vers le camp d’extermination, son tatouage (78599), les humiliations, les violences subies et les pertes de plusieurs membres de sa famille, Ginette Kolinka force l’admiration par la ténacité de certains souvenirs et la sérénité qui émane pourtant d’elle au fil de son discours. Elle ne s’est cependant pas beaucoup attardée sur sa vie au camp, l’évoquant seulement à l’occasion des questions des élèves, notamment sa rencontre avec Simone Jacob (future Simone Veil), préférant mettre l’accent sur les tristes détails du convoi vers le camp d’Auschwitz et sur les retrouvailles joyeuses avec ses sœurs à la Libération.
Ginette Kolinka est bavarde et aurait pu raconter encore longtemps son histoire. Mais après une écoute respectueuse de plus d’une heure, les élèves ont pu lui poser des questions particulièrement pertinentes, certaines préparées en classe, d’autres spontanées, provoquant de nouveaux souvenirs et des réponses franches. Son pire souvenir? Celui de se mettre nue devant des inconnu(e)s dès l’arrivée au camp. Les films actuels sur le sujet? Elle a en horreur «La Vie est belle» tellement elle trouve inconcevable l’idée de vouloir rentrer dans le camp pour rejoindre sa famille, car dans le camp, la seule chose à laquelle on pense, c’est à en partir. Et bien d’autres questions…
De ses propos riches en émotions, les élèves ne devront peut-être retenir que deux choses sur lesquelles Ginette KOLINKA n’a eu de cesse d’insister: la haine qui ne devrait jamais surpasser l’acceptation des autres, ainsi que la chance qu’elle a eu tout au long de sa vie y compris pendant la guerre et qui lui a permis d’être encore en vie aujourd’hui.
L’échange s’est terminé de façon très émouvante par une ovation debout des lycéens, à laquelle Mme Kolinka a humblement répondu qu’elle était heureuse d’être venue dans notre lycée. Puiselle a spontanément entamé, a capella, le chant des marais (ou chant des déportés), que tout le public a écouté dans un respectueux silence.
Ginette KOLINKA s’est ensuite généreusement prêtée à une séance de dédicaces sans se départir de son humour bien mordant dont quelques élèves ont fait les frais! La BD du «Adieu Birkenau» du CDI-D a été dédicacée:
Quand vous lirez ce livre, sachez que chaque image représente un travail que nous faisaient faire les nazis. Chaque image, chaque travail, a tué des centaines de déportés.
6 millions, je vous évite de le calculer.
Ginette 78599, une des dernières survivantes
L’école d’audiovisuel dammarienne Studio M était présente pour filmer la rencontre, un montage vidéo et des photos seront disponibles prochainement. Le numéro 8254 du 11 mai du journal La République de Seine-et-Marne a également dédié un article (page 19) à cette rencontre.
Merci à toute l’équipe de Direction du lycée ainsi qu’à tous les agents et autres personnels d’avoir permis sa venue et fait en sorte de l’accueillir dans les conditions les plus confortables possibles.
Et bien entendu… merci Madame KOLINKA.
